Conduire en Islande : le guide pratique du road-trip

Conduire en Islande : Ring Road, pistes F réservées aux 4x4, gués, vent et assurance. Tout savoir avant de louer votre voiture pour le tour de l'île.

Route asphaltée islandaise traversant un champ de lave couvert de mousse, sous un ciel nuageux dramatique et des montagnes au loin

L’Islande se conduit d’une façon qu’aucun autre pays européen n’impose : une route unique qui fait le tour de l’île, des pistes qui n’existent que trois mois par an, et une météo qui décide, certains jours, à votre place. Rien de dissuasif si vous savez à quoi vous attendre. Voici ce qu’il faut vraiment vérifier avant de récupérer les clés à Keflavík.

On roule à droite, permis et âge minimum

Comme en France : le volant est à gauche, la conduite à droite. Avec un permis français, ou tout permis délivré dans l’UE, vous conduisez et louez sans formalité supplémentaire. Le permis de conduire international ne concerne que les visiteurs venant d’un pays hors UE.

La plupart des loueurs demandent un âge minimum de 20 ans (souvent 23 ans pour les 4x4 et les SUV) et au moins un an de permis. Sous 25 ans, un supplément jeune conducteur s’applique presque partout. Gardez sur vous le permis, une pièce d’identité et le contrat de location, papier ou en photo sur le téléphone.

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La Route 1 : ce qu’il reste vraiment à conduire

La Route 1, ou Ring Road (Hringvegur en islandais), boucle l’île entière sur environ 1 320 km. Presque tout est goudronné aujourd’hui : il ne subsiste qu’un tronçon de gravier notable, du côté du fjord de Berufjörður entre Djúpivogur et Breiðdalsvík dans les fjords de l’Est, plus deux ou trois courts segments épars dans le nord. Une citadine standard s’en sort donc très bien en été, à condition de ralentir sur les quelques kilomètres non asphaltés.

Comptez au minimum 7 jours pour boucler la Ring Road sans la subir, 10 si vous voulez vraiment vous arrêter à chaque cascade qui le mérite. La distance affichée ne dit rien du temps réel passé sur la route : la seule côte sud, entre Seljalandsfoss, Skógafoss et le lagon glaciaire de Jökulsárlón, peut avaler une journée entière une fois qu’on commence à s’arrêter tous les dix kilomètres.

La Route 1 fait le tour complet de l'île sur environ 1 320 km ; les pistes F rayonnent depuis elle vers l'intérieur, fermées en dehors de l'été.

Limites de vitesse, radars et alcool au volant

Les limitations sont les mêmes sur toute l’île, sans exception régionale :

ZoneLimite
Agglomération50 km/h
Route goudronnée hors agglomération90 km/h
Route en gravier80 km/h

Les radars sont fréquents, notamment aux entrées de ville et sur la Route 1. Une amende non réglée sur place est débitée après coup sur la carte utilisée pour la location, frais de dossier du loueur en plus.

Le point qui surprend le plus les conducteurs français : la limite d’alcoolémie est fixée à 0,02 %, l’une des plus strictes d’Europe (contre 0,05 % en France). Dans la pratique, un seul verre suffit à la dépasser. La règle qui s’applique vraiment : zéro alcool avant de prendre le volant, sans exception.

Les pistes F : le 4x4 n’est pas une option

Toute route dont le nom commence par un F (pour fjall, montagne) est une piste des hautes terres réservée par la loi aux véhicules 4x4 homologués : F35 (Kjölur), F26 (Sprengisandur), F208 ou F225 vers Landmannalaugar en sont les exemples les plus connus. La règle est appliquée, pas juste recommandée :

  • Un véhicule 2 roues motrices qui s’y engage, même sur quelques centaines de mètres, voit son assurance annulée sur-le-champ. Les loueurs vérifient le trajet réellement suivi en cas de sinistre, pas seulement la déclaration du client.
  • Ces pistes sont fermées tout l’hiver et rouvrent progressivement une fois la fonte des neiges terminée, généralement entre la mi-juin et début juillet selon les années. La Vegagerðin (l’administration des routes islandaises) n’annonce aucune date à l’avance : une équipe inspecte chaque piste et l’ouverture est déclarée au fur et à mesure, parfois du jour au lendemain. Consultez road.is la veille de tout départ vers l’intérieur.
  • Rouler hors piste, sur la mousse, une plage ou un lit de rivière asséché, même « juste pour la photo », est interdit sur toute l’île et lourdement sanctionné : cette mousse met des décennies à repousser.

Traverser un gué : la technique qui évite la panne

Certaines pistes F imposent de traverser une rivière à gué, sans pont. C’est la question qui revient le plus souvent chez les voyageurs qui préparent leur premier passage dans les hautes terres, et un simple conseil de « prudence » ne suffit pas :

  • Observez le gué avant de vous engager : repérez où d’autres véhicules sont passés, la largeur du courant, les zones plus profondes.
  • N’avancez jamais si l’eau dépasse la hauteur du genou, ni si vous ne voyez pas clairement le fond.
  • Engagez-vous à vitesse lente et constante, en ligne droite, sans jamais vous arrêter au milieu du courant.
  • En cas de doute, attendez qu’un autre véhicule passe avant vous et observez sa trajectoire, ou renoncez : mieux vaut rebrousser chemin qu’un moteur noyé au milieu d’une rivière glaciaire.

Les rivières glaciaires montent en débit dans la journée, à mesure que la glace fond sous le soleil : un gué franchissable le matin peut devenir impraticable en fin d’après-midi. Les dommages liés à l’eau ne sont pratiquement jamais couverts par l’assurance, quelle que soit la formule souscrite au comptoir.

Ponts à une seule voie et virages sans visibilité

La Route 1 elle-même réserve deux pièges bien signalés mais faciles à louper au premier passage. Les ponts à une voie (einbreið brú, indiqués par un panneau dédié) fonctionnent à la courtoisie : le premier véhicule arrivé passe, l’autre attend dans l’aire prévue à cet effet. Ne foncez pas pour « passer avant » l’autre voiture, ralentissez et laissez la priorité se régler d’elle-même.

Les sommets sans visibilité (blindhæð) posent un problème différent : la route islandaise ondule sur les reliefs, et un véhicule arrivant en face reste invisible jusqu’à la dernière seconde. Levez le pied à chaque panneau de ce type, même si la route semble déserte devant vous.

Les moutons et la faune sur la route

Entre début mai et mi-septembre, les moutons paissent en liberté le long des routes, y compris sur la Route 1. Ils traversent sans prévenir, souvent au pire moment : si vous voyez un agneau d’un côté et sa mère de l’autre, partez du principe qu’ils vont se rejoindre pile devant votre pare-chocs. Les panneaux triangulaires avec un mouton dessiné signalent les zones à risque élevé ; ralentissez dès que vous les voyez, surtout en fin de journée quand la lumière rasante réduit la visibilité.

Le vent : le vrai danger islandais

C’est le facteur que la plupart des guides sous-estiment, et pourtant celui qui cause le plus d’incidents concrets sur une voiture de location. Les panneaux d’information routière islandais affichent la vitesse du vent en mètres par seconde (m/s), pas en km/h :

Vent affichéÉquivalentRecommandation
10 m/s~36 km/hVent normal, aucune précaution particulière
15 m/s~54 km/hTenez le volant fermement, tenez la portière à l’ouverture
20 m/s et plus~72 km/h et plusÉvitez d’ouvrir grand une portière face au vent, envisagez d’attendre une accalmie

Une portière ouverte en grand par un jour de vent fort peut se plier ou s’arracher de ses gonds : c’est l’un des sinistres les plus fréquents sur les voitures de location islandaises, et il n’est pratiquement jamais couvert par l’assurance. Le réflexe qui évite l’incident : garez le nez de la voiture face au vent et tenez toujours la portière des deux mains en sortant.

Le seul péage d’Islande : le tunnel de Vaðlaheiði

L’Islande compte à peine un péage sur l’ensemble du pays. Il se trouve sur le tunnel de Vaðlaheiði (Vaðlaheiðargöng), près d’Akureyri dans le nord, qui évite un col de montagne exposé aux intempéries. Aucune barrière au passage : le paiement se fait en ligne sur tunnel.is, avec une marge d’environ 24 heures avant ou après le trajet pour régler la somme. L’ancien tunnel de Hvalfjörður, près de Reykjavik, était payant mais ne l’est plus depuis son rachat par l’État : les vieux guides qui recommandent encore d’en tenir compte dans le budget sont dépassés.

L’assurance : ce que la couverture de base ne prend jamais en charge

L’assurance islandaise mérite plus d’attention qu’ailleurs en Europe, parce que les exclusions correspondent exactement aux risques les plus probables sur l’île :

  • La protection gravier (Gravel Protection) couvre les impacts de gravillons et les pare-brise fissurés par les projections, un incident courant dès que le goudron cède la place au gravier ou derrière un autre véhicule sur une route ouverte. Elle se rentabilise vite.
  • La protection sable et cendres (Sand and Ash Protection) couvre la peinture et les vitres abîmées par le sable soufflé par le vent ou par des cendres volcaniques, un risque réel sur la côte sud et près des zones volcaniques actives.
  • Même avec un rachat de franchise complet, certaines exclusions restent quasi systématiques : les dommages liés à l’eau (gués), la conduite hors piste, et les dégâts de portière liés au vent. Aucune assurance ne couvre un usage illégal ou manifestement imprudent du véhicule.

Pour les bases générales du rachat de franchise et ce qu’il couvre vraiment en dehors du cas islandais, notre guide sur le rachat de franchise en location de voiture détaille les mécanismes communs à toute l’Europe.

Été ou hiver : deux road-trips complètement différents

En été (juin à août), la Route 1 se conduit sans difficulté, les pistes F ouvrent selon les dates annoncées au fil des semaines, et le soleil de minuit laisse rouler à peu près à n’importe quelle heure. C’est aussi la haute saison : réservez le véhicule plusieurs semaines à l’avance, les 4x4 et les automatiques partent en premier.

En hiver (octobre à avril environ), les loueurs fournissent d’office des pneus cloutés ou hiver, la luminosité se limite à quelques heures par jour en décembre-janvier, et des tronçons de la Route 1 elle-même peuvent fermer temporairement en cas de tempête. Un 4x4 devient nettement préférable, même en dehors de toute piste F, pour la seule motricité sur neige et verglas.

Quelle que soit la saison, deux sites font foi avant chaque départ : road.is (état des routes en temps réel, fermetures, ouverture des pistes) et vedur.is (météo officielle, alertes vent et tempête). Consultez les deux chaque matin ; si une route est signalée fermée ou le vent annoncé au-dessus de 20 m/s, changez de plan plutôt que de forcer le passage.

OFFICIEL Safetravel.is, conduite en Islande (ICE-SAR, secours en montagne islandais)

Choisir la bonne voiture

  • Route 1 en été, sans piste F au programme : une citadine ou compacte standard suffit, avec la protection gravier en option recommandée.
  • Hautes terres, Landmannalaugar, Kjölur ou Sprengisandur : un vrai 4x4 homologué, en été uniquement, en ayant étudié les gués à l’avance.
  • Hiver, quel que soit l’itinéraire : un 4x4 sur pneus hiver, en acceptant qu’une partie du programme dépende de la météo du jour.

Réservez votre véhicule avant d’atterrir plutôt qu’au comptoir de Keflavík, où le choix restant en haute saison se limite souvent aux catégories les plus chères :

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Une fois la voiture adaptée à l’itinéraire réel et l’assurance ajustée aux risques propres à l’île (gravier, sable, vent), il ne reste plus qu’à surveiller le ciel et à s’arrêter à la cascade suivante.

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Questions fréquentes

Faut-il un 4x4 pour conduire en Islande ?
Pas forcément. Pour faire le tour de la Route 1 en été, une citadine ou une compacte standard suffit largement : la quasi-totalité est goudronnée. Le 4x4 devient obligatoire dès que vous quittez cette route pour une piste F des hautes terres, et fortement conseillé en hiver pour la motricité sur neige et verglas.
Peut-on emprunter une piste F avec l'assurance standard de la voiture de location ?
Non. Rouler sur une piste F avec un véhicule non homologué 4x4, ou sans l'accord explicite du loueur, annule l'assurance sur-le-champ, même le rachat de franchise le plus complet. Les loueurs vérifient le type de véhicule et l'itinéraire emprunté en cas de sinistre.
Y a-t-il des péages en Islande ?
Un seul sur toute l'île : le tunnel de Vaðlaheiði (Vaðlaheiðargöng), près d'Akureyri dans le nord. Pas de barrière au passage, le paiement se fait en ligne sur tunnel.is dans les 24 heures. L'ancien tunnel de Hvalfjörður, près de Reykjavik, est gratuit depuis qu'il a été racheté par l'État.
Quelle est la limite d'alcool au volant en Islande ?
0,02 % d'alcoolémie, l'une des limites les plus strictes d'Europe. Dans les faits, un seul verre suffit à la dépasser : le principe qui s'applique est simplement de ne pas boire du tout avant de prendre le volant.
Quand les pistes des hautes terres (pistes F) ouvrent-elles ?
Il n'existe aucune date fixe. La Vegagerðin (l'administration des routes islandaises) envoie une équipe évaluer chaque piste après la fonte des neiges et annonce l'ouverture au fur et à mesure, généralement entre la mi-juin et début juillet selon les années, parfois plus tard pour les pistes les plus reculées comme la Sprengisandur. Vérifiez road.is la veille de tout départ vers l'intérieur.
Faut-il un permis de conduire international pour un conducteur français ?
Non. Le permis français, comme tout permis délivré dans l'UE, suffit pour conduire et louer une voiture en Islande. Le permis international ne concerne que les visiteurs venant d'un pays hors UE.

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